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USTIO | Paul Hardy x Lythore

17 January 2026

Dérivé du latin, « ustio » désigne la combustion comme un acte plutôt qu'un effet. Une transformation physique et irréversible qui altère la matière et laisse des traces visibles. Dans cette collection, le feu n'est ni décoratif ni symbolique. Il est appréhendé comme un processus, une force active qui remodèle le métal par la chaleur, les contraintes et les réactions chimiques.

L'acier est découpé au plasma puis traité thermiquement, ce qui permet à l'oxydation et aux tensions thermiques de marquer sa surface. Les traces de brûlure bleues, les bords bruts et les variations de teinte ne sont pas des finitions appliquées, mais les témoignages de l'exposition au temps. Le métal est considéré comme un matériau vivant et réactif, capable de conserver une mémoire.

Dans l'ensemble de la collection, les éléments métalliques sont délibérément séparés de leurs supports. De fines tiges suspendent surfaces et structures au-dessus de composants minéraux composés de sable, de débris de construction recyclés et de cendres. Ces distances créent tension, déséquilibre et vide, transformant le poids en suspension et la masse en présence.

Dans le cadre de son projet « Contre le temps industriel », USTIO rejette la répétition lisse et la neutralité industrielle. L’imperfection, la variation et les traces irréversibles ne sont ni corrigées ni dissimulées. Elles sont acceptées comme témoignages structurels du processus. Chaque pièce est unique, façonnée par le feu, la résistance des matériaux et le temps.

La collection USTIO se déploie à travers un ensemble restreint de pièces, chacune explorant le feu comme un processus structurel et temporel. Sièges, luminaires et tables partagent la même logique matérielle : la chaleur façonne le métal, la séparation active l’espace et la tension remplace la masse. Plutôt que de répéter une forme, chaque objet applique les mêmes principes à une échelle différente, permettant ainsi à la fonction et à la sculpture de coexister. Ensemble, les pièces forment un système cohérent où le feu, la mémoire matérielle et la durée définissent à la fois la présence et l’usage.

Fauteuil et canapé

Le fauteuil et le canapé traduisent les principes fondamentaux de la collection USTIO en objets d'assise définis par le contraste des matières, la tension et la durée.

Les structures en acier pliées sont découpées au plasma et soumises à des contraintes thermiques, permettant ainsi au feu de laisser des traces visibles d'oxydation et de brûlure en surface. Ces marques ne sont ni corrigées ni retouchées, mais conservées comme témoignage du procédé et de l'exposition aux intempéries.

Au sein de ces structures rigides, les sièges en cuir noir apportent douceur et confort, créant un contraste voulu entre le métal brûlé et la matière tactile. Les cadres métalliques sont visuellement et structurellement séparés de leurs socles minéraux, composés de sable, de débris de construction recyclés et de cendres. Cet espace crée une sensation de suspension et d'instabilité, modifiant la perception du poids et de l'ancrage.

Les pièces qui en résultent se situent entre fonction et sculpture, où l'usage n'efface pas la présence et où la structure reste visiblement façonnée par le temps.

Photo : Canapé Ustio I Paul Hardy x Lythore

La lampe

Cette lampe explore le feu et la découpe comme des forces qui façonnent non seulement l'objet, mais aussi l'espace qui l'entoure. À partir d'un volume géométrique restreint, le métal est découpé au plasma, pressé et déformé, permettant ainsi au processus d'interrompre et de modifier la forme initiale.

Les ouvertures créées par la découpe laissent filtrer la lumière, projetant des ombres et prolongeant l'objet dans son environnement. La chaleur laisse des marques visibles de réaction et d'oxydation, bleuissant subtilement le métal et témoignant de sa transformation plutôt que de la dissimuler. La lumière devient le prolongement du feu, révélant les arêtes, les vides et l'épaisseur.

La lampe fonctionne à la fois comme source de lumière et comme intervention sculpturale, façonnant l'atmosphère par le matériau et le processus plutôt que par la décoration.

Photo : Lampe Ustio I Paul Hardy x Lythore

Table et chaise

La table et la chaise abordent la structure par le biais de la suspension, de l'intégrité et de la retenue.

La chaise est fabriquée à partir d'une seule feuille de métal continue, découpée au plasma et pliée sans soudure, ce qui permet de conserver visibles et continues les tensions internes. La chaleur et la pression façonnent directement la forme, alliant précision et déformation.

La table étend ces principes horizontalement, grâce à une surface métallique traitée thermiquement et marquée par des brûlures et des contraintes thermiques. Le plateau est maintenu en tension au-dessus de ses pieds par de fines tiges, créant un espace délibéré qui confère à la surface une présence suspendue, presque en lévitation, malgré la densité du matériau.

Dans les deux œuvres, la séparation entre métal et minéral renforce le dialogue entre poids et absence, masse et vide. Le feu et la durée demeurent essentiels, permettant à la forme d'émerger du processus plutôt que d'une conception prédéterminée.

Photo : Table et chaises Ustio | Paul Hardy x Lythore